jeudi 25 juin 2009

La fin de l'angouèsse


La photo d'aujourd'hui représente Caroline et moi dans une scène typique de casa Marranghello, c'est à dire en train d'étudier.  Sauf que cette fois on a été déconcentrées par un livre qui traînait depuis des semaines dans le salon (du photographe Richard Kern).  Eh oui je tiens entre les doigts UNE CIGARETTE.  Ça arrive.

Je suis désolée de décevoir mes fans qui croyaient en moi, mais j'ai échoué mon examen écrit d'art médiéval de ce matin.  C'était vraiment trop difficile, fidèle à sa réputation quoi.  En même temps je suis pas trop triste car JE SUIS EN VACANCES! À MOI L'ITALIE! Et pis je pense que c'était pas par paresse que j'ai pas réussi; j'avais vraiment beaucoup étudié.  Bon c'est sûr que d'un point de vue ça me fait un peu chier d'avoir passé un mois et demi presque chaque jour enfermée à la bibliothèque ou chez moi, à lire des textes incompréhensibles, à lire deux fois plutôt qu'une "La O di Giotto", et tout ça pour rien, mais que voulez-vous? Au moins, je vais pouvoir faire ma prétentieuse à mon retour au Québec et dire "ah oui, ça je l'ai vu à Padoue, Giotto ouais" ou parler de crucifix aux party de Noël (voyez le lien).

Marie, ma cousine chérie, arrive de Croatie demain.  Elle prend le traversier de nuit, je la récupèrerai donc à la gare (elle sera sans doute en pleine forme) en avant-midi le 26.  J'ai déjà hâte de lui expliquer le système de vérouillage de la porte de la salle de bain chez nous.  Le 27 c'est son anniversaire, il y a un party le soir chez le manager (maison dans les collines); ça tombe bien quand même.  Sinon, on ira peut-être à la plage et aux Cinque Terre.  Si le temps le permet.

La semaine passée, j'ai accueilli 3 norvégiens de couch surfing sous mon toit.  En fait, j'avais refusé au départ parce que 3 norvégiens dans une maison, ça va mal pour étudier.  Mais je leur ai quand même donné mon numéro de téléphone et on est allés boire quelques bières.  J'ai fini par les héberger un soir la semaine suivante, parce qu'ils devaient prendre leur avion de retour à Oslo.  Ils étaient cool, malgré que j'ai eu peur que la conversation prenne une tournure déplaisante car j'avais lu sur le profil d'un des gars qu'il faisait partie d'une organisation chrétienne; j'avais donc tourné de bord notre carte postale de Benoît XVI, histoire de ne prendre aucune chance.  Finalement, à part la croix dans le cou, j'aurais jamais pu deviner que ces trois jeunes hommes (19-20 ans) étaient croyants, surtout avec les mots qu'ils m'ont appris en norvégien: "voulez-vous coucher avec moi", "avez-vous seize ans" (voyez le lien), "tu es beau", etc.  Bref, si je vais en Norvège je ne saurai pas comment demander mon chemin, mais au moins je peux dire que je sais des mots qui ont des ø.  Comme øl (bière).  Ils m'ont aussi offert le cadeau le plus absurde qu'un invité couch surfing m'ait jamais fait: un paquet de nectarines.  Mais c'est vraiment cool, merci!

Alors maintenant que j'ai fini d'étudier, je me retrouve sans but dans la vie sauf celui de noyer mon échec dans l'alcool; on verra.  Sinon, on reçoit encore des visites pour la chambre de Caro et la mienne.  Le plus dur est de faire oublier aux éventuels "marranghelliens" les craques au plafond, les trucs écrits sur les murs, les fils internet qui traînent dans le couloir (on n'a pas wireless).  Pour ce faire, on échange rires, blagues et sourires complices devant eux, genre sympathiques mais vraiment sympathiques (on a quand même écrit "coinquilini mitici" sur l'annonce, colocs "mythiques" quoi).  Je me suis aussi inventée un rôle: le rôle de la fille qui lave la vaisselle quand quelqu'un arrive.  Ça fait un peu: "c'est le bordel chez nous mais on est propres quand même".

La semaine dernière je suis allée voir un film, en italien c'est "Uomini che odiano le donne", le film basé sur le premier livre de la trilogie Millenium, de Stieg Larsson.  C'est un film avec des suédois qui parlent italien.  C'est bon, je pense que c'est bien d'avoir lu le livre avant par contre.

J'ai changé... j'adore maintenant les olives.


mardi 16 juin 2009

Hop hop hop on étudie


Il est 10h30 du matin et Mike, mon coloc (un italien des Pouilles), se fait cuire une saucisse pour déjeuner.  

La photo d'aujourd'hui représente mon lit dans un monde idéal, c'est-à-dire fait.  Avec mon drap préféré à motif de petits lapins dormant sur des croissants de lune.  Caro et moi partons de casa Marranghello en même temps, donc on est en train de mettre des annonces partout.  Ça fait bizarre de recevoir des visites de gens alors qu'il me semble qu'hier c'était moi qui visitait cet appart.  

Rien de bien nouveau sinon que je continue d'étudier pour mon examen le 25 juin.  Je vais à chaque jour à la bibliothèque du département des arts visuels, je lis des textes sur la comparaison entre les peintres de Rimini du 14e siècle et ceux de Bologne de la même époque, je prends des manuels et je regarde des images; c'est plate.  Je ne sais pas quoi vous dire d'autre.  Les grandes chaleurs ont recommencé, à 35 celcius les odeurs corporelles peuvent devenir assez moyenâgeuses.  

Samedi dernier, mon ami Valerio m'a convaincue de laisser mes bouquins et de venir passer la journée à la plage.  Destination: Marina di Ravenna.  Ma première baignade dans l'Adriatique, wouhou! J'avais invité Caro, ma coloc.  Comme j'étais timide d'être en compagnie de 4 hommes italiens, je me suis crémée en vitesse (donc extrêmement mal).  Résultat, coups de soleils et traces de doigts.  Ça me fait une belle jambe (ou deux, plutôt), littéralement.  Pour ceux que ça intéresse, la plage était belle mais près de l'eau il y a beaucoup de coquillages, ça fait mal aux petons.  Quant aux vagues, rien de bien haut mais on a ben du fun quand même.  Vers 18h, le 'happy hour' nous attire comme des bébés chats affamés: on se boit quelques bières dans une ambiance style Club Med: grosse musique, gars musclés, pitounes bronzées, bref, mon genre de place.  Comme Valerio restait dormir près de la plage pour en profiter à nouveau le lendemain on a pas pu rentrer en voiture avec lui, mais il est quand même venu nous reconduire à la gare de Ravenna, le gentil.

Au cours des derniers jours, j'ai réalisé que je m'en allais dans un mois.  Ça m'a fait penser que je dois faire le plus de choses possibles avant de m'en aller.  Cette semaine je suis allée faire l'épicerie à la Coop avec Caro et j'ai pris des photos, je les mets subito sur www.flickr.com/photos/siropdelapin.  J'ai aussi été clubber aux Giardini Margherita (c'est comme s'il y avait un club en plein milieu du Parc Lafontaine); c'était pas écoeurant, mais je l'ai fait! Avez-vous d'autres missions pour moi?

lundi 8 juin 2009

Traumatisme numéro 1: 25/30


C'est un peu plate de passer les dernières semaines à Bologne enfermée à casa Marranghello ou à la bibliothèque des arts visuels.

Quelques uns d'entre vous savaient qu'aujourd'hui, le 8 juin, c'était le jour de mon premier examen.  Le 8 juin, c'est aussi le 159e jour de l'année; Descartes publia son Discours de la méthode un 8 juin, et c'est aussi le jour qu'ont choisi Nancy Sinatra et Kanye West pour naître (à 37 ans d'intervalle).  Le 8 juin, c'est aussi la "Journée Mondiale de l'Océan".  

Mais le 8 juin 2009, c'était surtout le jour de mon premier examen oral.  Mon entretien intime et sensuel avec Vera Fortunati, ma prof d'histoire de l'art "moderne" (donc du 15e au 17e siècle en Italie).  Pour vous faire un bref portrait de la Fortunati, elle est directrice du département d'arts visuels, elle enseigne plusieurs cours, a collaboré à la rédaction de plusieurs ouvrages, ce n'est donc pas n'importe qui.  Je garderai un souvenir impérissable de ses cours où elle se mettait soudainement à gueuler dans le micro, s'emportant sur des aspects d'une peinture qui venaient la chercher.  Elle était comme ça la Fortunati: très passionnée, mais épeurante.  Sauf mon respect, elle me faisait un peu penser à la méchante Ursula dans La Petite Sirène.

Donc, à 9h, Mylène et moi on se retrouve à attendre devant le bureau de la Fortunati avec une quinzaine d'étudiants.  On était figées de terreur.  J'étais incroyablement stressée.  La veille, Caro m'avait demandée de parler de la Joconde, juste pour le fun.  Ma réponse ne m'avait moi-même pas rassurée, n'empêche que Caro m'avait donné 22/30.  Bon.  Alors pour en revenir à l'action principale, j'étais nerveuse.  J'avais assez étudié, mais en italien l'information rentre moins bien dans mon cerveau.  J'attends 2 heures et demie dans le couloir avec Mylène, angouéssée morte.  Chaque fois qu'un étudiant sort du bureau de Mme F., les regards se tournent pour essayer de déchiffrer dans une seule expression faciale le plus d'indices possibles sur la difficulté des questions.  Une fille sort en pleurant: meeeerde.

L'examen se passe donc dans le bureau de la prof, qui est accompagnée d'une assistante.  La scène faisait un peu "interrogatoire de police" au cinéma, avec un policier méchant et l'autre super gentil.  La Fortunati avait une attitude entre "vous n'avez pas beaucoup étudié" et "dites-moi ce que vous savez de Leonardo, c'est vraiment un sujet élémentaire" tandis que son assistante me regardait en me faisant des grands sourires encourageants et en me complimentant sur mon niveau d'italien (qui pourtant n'était pas au top de sa forme ce matin-là).  J'ai la bouche sèche, je tremble.  J'avais envie de vômir (devant la Fortunati, ça aurait tu été assez baroque à votre goût?).  Je parle de la Joconde, de Michelangelo, bref au moins j'avais les classiques.  J'ai parlé du livre que j'avais à lire, Saturno e la Melancolia.  J'ai parlé de l'extase de Teresa d'Avila.  J'ai rien dit de particulièrement intelligent mais je m'en suis tirée avec un 25, Mylène aussi.  Ouf! On a mangé une pizza pour fêter ça.

Bon sinon, c'est bien beau mais j'ai un autre examen le 25 juin (art médiéval), avec le prof Benati.  Je pense que ça va être encore plus difficile... je vous dis que je vais en regarder des crucifix pendant les deux prochaines semaines.

Sur une note moins stressante, j'ai hébergé la semaine passée mes derniers invités de couch surfing à Bologne (avec cet examen qui s'en vient, non ce la faro' mai, j'y arriverai jamais quoi).  C'était un couple de Montréal, Greg et Carole; en fait, Greg a grandi a Toronto et habite depuis 8 ans à Montréal.  Carole est bretonne, elle a fait un échange étudiant à Concordia il y a 3 ans je crois, elle a trouvé un appart dans lequel habitait Greg.  Ils sont tombés amoureux une semaine avant qu'elle retourne en France.  C'est beau l'amour non? Peu importe, bien sympa ce duo, surtout que j'ai eu plein de beaux cadeaux, dont du beurre demi-sel et un gros morceau de fromage du Trentin Haut-Adige.  J'aime le couch surfing! Il y a deux jours, mon sommeil s'est vu troublé par un joueur de flûte à bec (il jouait pas très bien); hier, pendant qu'on étudiait dans la cuisine, une personne du voisinage a essayé de jouer au moins pendant 20 minutes The Girls From Ipanema à la flûte traversière (c'est un débutant).  Je sais pas c'est quoi la passion ici pour les instruments à vent! Je suis aussi retournée à la maison du manager, où j'ai vu des centaines de lucioles voler dans les herbes hautes.  C'était la plus belle chose que j'ai vu de mâââ vie.



Bon, assez parlé.